Pourquoi mettre en place des achats durables ?

Les achats jouent un rôle capital dans la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux des chaînes de valeur : c’est souvent par eux que passe l’essentiel de l’empreinte d’une entreprise. L’intégration du développement durable dans les processus achats prend ainsi une place croissante, portée à la fois par les attentes des parties prenantes et par la réglementation. Cet article, premier jalon de l’étape Je m’informe du parcours, présente ce que recouvrent les achats durables, pourquoi ils montent en puissance et les opportunités qu’ils ouvrent.

Sur quoi se basent les Achats Durables ?

Les Achats Durables — aussi appelés Achats Responsables — désignent la contribution de la fonction achats aux enjeux du développement durable. Ils s’intègrent dans la démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) de l’organisation. Mettre en place des achats durables, c’est prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux liés aux produits et services achetés, depuis leur conception jusqu’à leur fin de vie, et dans la relation avec les fournisseurs qui les produisent.

Les lignes directrices du développement durable sont établies par les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par les Nations unies en 2015. Les Achats Durables s’inscrivent naturellement dans l’objectif n° 12 de consommation et production responsables, mais en étant transverses, ils contribuent à 8* autres objectifs tels que l’ODD n° 8 qui soutient un travail décent pour tous ou encore l’ODD n° 13 de lutte contre les changements climatiques.

Ce cadre international a été traduit pour la fonction achats par la norme ISO 20400, publiée en 2017, qui donne les lignes directrices des achats responsables : gouvernance, intégration des enjeux dans la stratégie achats, dialogue avec les fournisseurs, prise en compte du coût global. Sans être certifiante, elle fournit un référentiel commun sur lequel les organisations peuvent appuyer leur démarche.

Ces bases étant posées, il revient à chaque organisation de s’approprier ces objectifs et de les décliner dans ses activités à travers sa politique RSE, à laquelle les achats contribuent directement.

*La norme ISO 20400 contribue aux objectifs 1, 2, 5, 8, 10, 11, 12, 13, 16.

Pour aller plus loin

Retrouvez tous les ODD sur le site du gouvernement : les 17 objectifs de développement durable (nouvelle fenêtre)

Pourquoi les Achats Durables prennent de l’importance ces dernières années ?

Alors que l’aspect social est davantage pris en compte à la suite de catastrophes liées aux conditions de travail — notamment celle du Rana Plaza en 2013 au Bangladesh — l’aspect environnemental monte en puissance avec le réchauffement climatique. À ces deux moteurs s’ajoutent les attentes de plus en plus explicites des clients, des investisseurs et des salariés.

Aspect social

L’effondrement du Rana Plaza, qui a coûté la vie à plus de 1 100 ouvriers du textile, a durablement marqué la perception du rôle des donneurs d’ordres : les conditions dans lesquelles sont fabriqués les produits qu’ils commercialisent engagent leur responsabilité, même à plusieurs milliers de kilomètres. C’est d’ailleurs dans le sillage de ce drame que la France a adopté sa loi sur le devoir de vigilance. Les consommateurs prennent conscience de ces problématiques et exigent de la transparence sur l’origine des produits. Les achats jouent un rôle clé en sélectionnant des fournisseurs dont les pratiques sociales sont vérifiées — conditions de travail, interdiction du travail des enfants et du travail forcé, liberté syndicale — et en accompagnant leurs progrès.

Aspect environnemental

L’Accord de Paris de 2015 vise à contenir le réchauffement nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, en poursuivant les efforts pour le limiter à 1,5 °C. Dans son prolongement, l’Union européenne et la France se sont fixé un objectif de neutralité carbone en 2050, inscrit en France dans la loi énergie-climat de 2019. Pour y parvenir, les entreprises sont à la fois incitées et contraintes à réduire leur empreinte carbone.

Les achats sont au premier rang de cette décarbonation : les émissions indirectes liées aux produits et services achetés — le Scope 3 — représentent en moyenne les trois quarts de l’empreinte carbone d’une organisation, et davantage encore dans de nombreux secteurs. Autrement dit, une stratégie climat qui n’implique pas la fonction achats passe à côté de l’essentiel des émissions.

Les attentes des parties prenantes

Le mouvement est aussi alimenté par l’écosystème économique lui-même. Les grands donneurs d’ordres intègrent des critères RSE dans leurs appels d’offres et les répercutent sur leurs fournisseurs ; répondre à ces attentes conditionne l’accès à certains marchés. La commande publique suit la même trajectoire : la loi Climat et Résilience rend obligatoire, à l’été 2026, la prise en compte de l’environnement dans tous les marchés publics. Les investisseurs, de leur côté, examinent la gestion des risques de la chaîne d’approvisionnement à travers les notations extra-financières. Et en interne, l’engagement social et environnemental pèse dans l’attractivité de l’entreprise auprès des candidats comme dans la fidélisation des équipes. Ces attentes ne s’expriment pas toutes au même moment ni avec la même force selon les secteurs, mais leur direction est commune : les pratiques d’achat sont observées, comparées et, de plus en plus souvent, contractualisées.

A retenir

Achats Durables = Levier d'actions

La mise en place d’une stratégie d’Achats Durables est ainsi un levier direct pour répondre aux enjeux sociaux et environnementaux et aux attentes de ceux qui les portent.

Quelles sont les opportunités de la mise en place des Achats Durables ?

La mise en place des Achats Durables passe par une analyse de sa chaîne d’approvisionnement et une cartographie de ses fournisseurs. Ces étapes permettent d’identifier en premier lieu les risques, mais surtout les opportunités économiques et les impacts positifs sur l’environnement et la société.

Repenser sa chaîne d’approvisionnement

L’analyse de sa chaîne d’approvisionnement amène à la repenser pour intégrer l’économie circulaire. Toutes les parties prenantes peuvent être impliquées pour optimiser ses besoins en matières premières, utiliser des matières recyclées, intégrer l’écoconception, trouver des symbioses industrielles territoriales, offrir de nouveaux services fondés sur l’économie de la fonctionnalité et valoriser ses déchets. Au-delà du bénéfice environnemental, ces approches réduisent la dépendance aux matières vierges et à leurs variations de prix — un avantage tangible dans un contexte de tensions sur les ressources.

Cette analyse conduit aussi à raisonner en coût global plutôt qu’en prix d’achat : un produit plus durable, réparable ou moins consommateur d’énergie se révèle souvent plus économique sur l’ensemble de son cycle de vie, même lorsque son prix initial est supérieur. Le coût du cycle de vie devient ainsi un argument économique au service de la démarche, et non une contrainte supplémentaire.

Cartographier ses fournisseurs

La cartographie des fournisseurs est un outil structurant pour construire une stratégie efficace. Les entreprises définissent des critères économiques et géographiques, identifient les risques sociaux et environnementaux, pour sélectionner les fournisseurs avec lesquels des plans d’actions doivent être mis en place. Prévenir les risques identifiés, auditer, évaluer, accompagner ses fournisseurs dans leur développement, construire des partenariats pour innover : les enjeux de cette cartographie sont multiples et ouvrent des opportunités fortes de développement.

Les fournisseurs engagés dans ces démarches sont d’ailleurs souvent les plus innovants : la relation de long terme qu’instaure une démarche d’achats durables crée les conditions d’une co-construction — nouveaux matériaux, nouveaux modèles logistiques, nouveaux services — qu’une relation purement transactionnelle ne permet pas.

A retenir

Achats Durables = Opportunités

L’analyse de la chaîne d’approvisionnement et la cartographie des fournisseurs ouvrent des leviers qui permettent à la fois de réduire son impact sur l’environnement, d’avoir un impact social positif et d’améliorer la pérennité et la résilience de son modèle économique face aux enjeux climatiques, aux crises sanitaires et aux crises géopolitiques.

Quelles sont les obligations règlementaires ?

Ces dernières années, de nouvelles règlementations ont émergé pour amener les entreprises à s’aligner avec les ODD, que ce soit sur le plan social ou environnemental. Elles convergent toutes vers le même point : la responsabilité de l’entreprise s’étend désormais à sa chaîne d’approvisionnement.

La loi relative au devoir de vigilance

La loi française de 2017 sur le devoir de vigilance (nouvelle fenêtre) oblige les grandes entreprises à identifier les risques sociaux et environnementaux de l’ensemble de leurs activités — filiales, fournisseurs et sous-traitants compris — et à mettre en place des actions de prévention ou d’atténuation de ces risques. Un mécanisme d’alerte doit également être instauré, et ces informations sont rendues publiques à travers un plan de vigilance.

La directive européenne sur le devoir de vigilance (CS3D)

Approuvée par le Parlement européen en avril 2024 (nouvelle fenêtre) , la directive CS3D (aussi appelée CSDDD) prolonge la logique française à l’échelle de l’Union : les entreprises concernées doivent prévenir, faire cesser ou atténuer les impacts négatifs de leurs activités sur les droits humains et l’environnement — esclavage, travail des enfants, exploitation par le travail, érosion de la biodiversité, pollution. Son périmètre et son calendrier ont depuis été révisés par le paquet Omnibus : la directive ne concerne plus que les entreprises de plus de 5 000 salariés réalisant plus de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, sa « chaîne d’activités » est recentrée sur les partenaires en amont, et les États membres ont jusqu’au 26 juillet 2028 pour la transposer. Les entreprises plus petites restent concernées indirectement : leurs donneurs d’ordres répercutent ces obligations le long de la chaîne.

La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD)

La directive européenne CSRD (nouvelle fenêtre) harmonise le reporting de durabilité des entreprises européennes. Trois thématiques — Environnement, Social et Gouvernance — sont couvertes pour l’ensemble des activités de l’entreprise suivant un principe dit de double matérialité : l’impact (positif ou négatif) de l’entreprise sur l’environnement et la société, et l’impact financier (risque ou opportunité) des enjeux sociaux et environnementaux sur l’entreprise. Son périmètre a lui aussi été resserré par le paquet Omnibus, qui a relevé les seuils d’application ; les données de la chaîne d’approvisionnement restent au cœur des indicateurs demandés.

Le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES)

Le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre est une obligation française. Il a pour but d’évaluer la quantité de gaz à effet de serre émise du fait de l’activité de l’entreprise et de mettre en place un plan de transition avec des objectifs de réduction pour contribuer à la neutralité carbone. Il doit être mis à jour tous les 4 ans pour les entreprises concernées — et la part des émissions liée aux achats y occupe, on l’a vu, une place déterminante.

Pour aller plus loin

Notre article CSRD, devoir de vigilance, loi Climat : ce qui s’applique à votre entreprise détaille chaque texte et vous aide à identifier ceux qui vous concernent.

Conclusion

Une démarche d’Achats Durables structure la prise en compte des aspects sociaux et environnementaux et prépare l’entreprise aux réglementations en vigueur et à venir. Elle offre des opportunités économiques réelles — coût global maîtrisé, chaînes d’approvisionnement sécurisées, innovation avec les fournisseurs — qui dépassent la seule conformité. Et elle se construit progressivement : nul besoin d’un dispositif complet dès le premier jour pour commencer à obtenir des résultats. Comprendre ces fondements est la première étape du parcours ; la suivante consiste à définir sa stratégie en évaluant ses pratiques actuelles et en fixant ses priorités.

Les 5 étapes du parcours :

  1. Je m'informe Article actuel
  2. Je définis ma stratégie
  3. Je mobilise mes collaborateurs
  4. J'engage mes fournisseurs
  5. Je pilote mes actions

Poursuivez votre parcours