J'engage mes fournisseurs
Évaluer, accompagner et faire progresser vos fournisseurs vers des pratiques plus durables.
Vous pouvez avoir la meilleure politique achats durables du monde - si vos fournisseurs ne suivent pas, l’impact restera théorique. Dans la plupart des organisations, 60 à 80 % de l’empreinte environnementale se situe dans la chaîne d’approvisionnement. C’est là que se joue la crédibilité de votre démarche.
Engager ses fournisseurs ne signifie pas leur imposer des contraintes supplémentaires. C’est construire une relation où les exigences sont claires, le dialogue est ouvert et la progression est accompagnée. Cette page vous guide dans cette démarche : segmenter votre panel, évaluer, formaliser vos attentes, accompagner la progression et élargir votre sourcing.
Deux acquis des étapes précédentes servent ici de point d’appui : les enjeux prioritaires et objectifs définis à l’étape 2 désignent les familles d’achats - donc les fournisseurs - à traiter en premier, et le kit prescripteur préparé à l’étape 3 a déjà outillé les cahiers des charges.
Commencer par segmenter
Vous ne pouvez pas traiter tous vos fournisseurs de la même façon. Un fournisseur stratégique à 2 millions d’euros par an et un prestataire ponctuel à 5 000 euros n’appellent pas le même niveau d’engagement.
Cartographier votre panel. Le panel se classe selon deux axes : le volume d’achats (ou la criticité opérationnelle) et le niveau de risque RSE du secteur. Un fournisseur de matières premières en Asie du Sud-Est n’a pas le même profil de risque qu’un prestataire informatique en France.
Prioriser vos efforts. L’évaluation et l’accompagnement se concentrent sur les fournisseurs stratégiques et critiques - ceux qui représentent l’essentiel des volumes ou des risques. Pour les fournisseurs standard, une charte signée et quelques critères dans le cahier des charges suffisent dans un premier temps.
Identifier les fournisseurs “moteurs”. Dans le panel, certains fournisseurs sont déjà engagés dans des démarches RSE. Ce sont des alliés à repérer : ils peuvent devenir des exemples pour les autres, voire des partenaires d’innovation.
Évaluer avant d’exiger
Avant de demander des engagements, il faut comprendre où en sont vos fournisseurs. Trois niveaux d’évaluation sont possibles, à adapter selon la segmentation.
Le questionnaire RSE. C’est le premier levier, le plus accessible. Un questionnaire ciblé, adressé aux fournisseurs stratégiques - une vingtaine de questions - couvre les dimensions environnementale, sociale et éthique. Des plateformes spécialisées standardisent ce processus, mais un questionnaire maison bien conçu fonctionne aussi.
L’audit sur site. Pour les fournisseurs critiques (risque élevé, volume important), rien ne remplace une visite. Elle permet de vérifier les déclarations et d’identifier des axes d’amélioration concrets. Elle se prépare avec une grille d’audit et un binôme acheteur-RSE.
L’analyse des données publiques. Certaines informations sont accessibles sans solliciter le fournisseur : rapports RSE, certifications (ISO 14001, SA 8000), notes de plateformes d’évaluation publiées. Croisées avec vos propres évaluations, ces données construisent un profil fournisseur fiable.
Place de marché
Formaliser les attentes
Vos fournisseurs ont besoin de savoir ce que vous attendez d’eux. Deux outils structurent cette relation.
La charte fournisseurs responsables pose le cadre général. Elle énonce vos principes sur les droits humains, l’environnement, l’éthique des affaires et les pratiques commerciales. Elle se signe, mais surtout s’explique : une charte qui dort dans un tiroir ne sert à personne. Une session de présentation pour les fournisseurs stratégiques - 30 minutes suffisent - donne du sens au document.
Les clauses contractuelles traduisent ces principes en obligations mesurables. Quelques exemples concrets :
Pour le carbone : “Le fournisseur s’engage à mesurer et communiquer ses émissions de gaz à effet de serre (scopes 1 et 2) et à définir un objectif de réduction à horizon 3 ans.”
Pour les conditions de travail : “Le fournisseur garantit que ses sous-traitants de rang 1 respectent les conventions fondamentales de l’OIT et s’engage à fournir la liste de ses sites de production.”
Pour la pondération en appel d’offres : un critère RSE pondéré entre 10 et 20 % dans les grilles de notation. En dessous de 10 %, le critère est cosmétique ; au-dessus de 20 %, il risque de prendre le pas sur la compétence technique.
Quand les prescripteurs internes rédigent les cahiers des charges, ils ont besoin des modèles adaptés. Le kit prescripteur de l’étape 3 et un kit de clauses types se complètent - le premier aide à formuler le besoin, le second à formaliser les exigences contractuelles.
Accompagner la progression
L’évaluation sans accompagnement est contre-productive. Si un fournisseur obtient une note médiocre, la question n’est pas de le déréférencer immédiatement - c’est de construire un plan de progrès.
Le socle : dialoguer et suivre
Partager les résultats. Un retour transparent sur l’évaluation crée les conditions du dialogue : points forts et axes d’amélioration expliqués. Un fournisseur qui découvre sa note sans explication la contestera ; celui qui comprend les critères s’en saisira.
Co-construire des objectifs. Un plan de progrès imposé sera subi, un plan co-construit sera porté : 2 à 3 objectifs réalistes à 12 mois, avec des jalons intermédiaires.
Fixer des rendez-vous. Un suivi semestriel suffit pour maintenir la dynamique sans alourdir la charge de travail - la vôtre comme celle du fournisseur.
Aller plus loin : récompenser et co-innover
Une fois le dialogue installé et les premiers progrès constatés, deux leviers amplifient la dynamique.
Créer des incitations. Les fournisseurs qui progressent méritent d’être récompensés concrètement : allongement de la durée des contrats, attribution de nouveaux volumes, invitation à répondre à des appels d’offres réservés. Ces leviers sont plus efficaces qu’un trophée annuel.
Co-innover avec les meilleurs. Les fournisseurs les plus matures peuvent devenir des partenaires d’innovation : développement conjoint d’un produit à moindre impact, test d’un emballage alternatif, mutualisation d’un transport. Ces projets renforcent la relation et produisent des résultats concrets.
Gérer les fournisseurs qui ne progressent pas
Malgré l’accompagnement, certains fournisseurs ne bougeront pas. La question du déréférencement se pose alors, mais rarement de façon binaire.
Une approche progressive fonctionne mieux : d’abord un avertissement formel avec un délai de mise en conformité (6 à 12 mois), puis une réduction des volumes au profit de fournisseurs alternatifs, et enfin un déréférencement si aucune amélioration n’est constatée. Cette progressivité est importante - elle montre à l’ensemble de votre panel que vous êtes sérieux, mais justes.
Dans certains cas, le déréférencement n’est pas possible à court terme (fournisseur unique, technologie propriétaire). La situation et le plan d’action alternatif se documentent alors - c’est ce que les auditeurs et les donneurs d’ordre attendront.
Élargir votre démarche
Enrichir le panel avec des fournisseurs engagés
En parallèle de l’accompagnement de vos fournisseurs existants, vous pouvez enrichir votre panel avec des acteurs déjà engagés.
Les annuaires spécialisés recensent les fournisseurs de l’économie sociale et solidaire : ESAT, entreprises adaptées, coopératives. Les CRESS (Chambres Régionales de l’ESS) et les réseaux GESAT ou UNEA sont de bonnes portes d’entrée. Les ressources du site permettent de retrouver ces annuaires.
Le label RFAR (Relations Fournisseurs et Achats Responsables) identifie les organisations engagées dans des relations équilibrées avec leurs fournisseurs. Un fournisseur labellisé RFAR a démontré des pratiques responsables vérifiées. Notre fiche glossaire détaille les critères du label.
Les événements professionnels - salons, rencontres sectorielles, webinaires - sont des occasions de découvrir des fournisseurs engagés. Les événements du site en référencent plusieurs tout au long de l’année.
Aller plus loin : les fournisseurs de rang 2
Une fois votre démarche établie avec vos fournisseurs directs, vous pouvez élargir votre périmètre. Les fournisseurs stratégiques peuvent être sollicités pour répercuter vos exigences RSE auprès de leurs propres fournisseurs. C’est le principe de la cascade : votre charte fournisseurs peut inclure une clause demandant à vos fournisseurs de diffuser les mêmes principes à leur chaîne d’approvisionnement.
C’est un chantier de moyen terme, mais c’est aussi là que se trouvent souvent les risques les plus importants - travail des enfants, pollution, déforestation - car la visibilité diminue à chaque maillon de la chaîne.
Et ensuite ?
Vous n’avez pas besoin d’avoir engagé tous vos fournisseurs pour commencer à piloter. Dès que vos fournisseurs stratégiques sont évalués et que les premiers plans de progrès sont lancés, vous pouvez passer à l’étape suivante : piloter vos actions . Le pilotage vous donnera les indicateurs pour mesurer l’efficacité de votre engagement fournisseurs et ajuster le tir.